Information sur l'enseignement supérieur ukrainien

 

Pour une information détaillée sur l'organisation de l'enseignement supérieur ukrainien, n'hésitez pas à consulter la fiche Curie "enseignement supérieur

L'enseignement supérieur ukrainien
L'Ukraine et le processus de Bologne
L'admission à l'Université
Les reformes en cours (et en discussion)
La mobilité étudiante vers la France

L'enseignement supérieur ukrainien
En Ukraine, l'enseignement supérieur relève, à quelques exceptions près (Université Chevtchenko et Polytechnique de Kiev relevant du gouvernement, quelques Universités spécialisées relevant des Ministères des Transports, de l’Intérieur ou de la justice), du Ministère de l'Éducation et de la science, de la jeunesse et des sports.

On compte pas moins de 351 établissements d’enseignement supérieur de niveaux 3 et 4 (dispensant des formations jusqu’au niveau Master et Doctorat) qui se répartissent en universités (171), académies (57) et instituts (123).

Parmi ces établissements, 224 sont gérés par l'État dont 82 ont le statut de « national » correspondant au plus haut niveau d’accréditation.

Le nombre d'étudiants s'établissait, en 2007, à 2,8 millions d’étudiants (source : UNESCO) pour population totale de 46 millions d'habitants ce qui place l'Ukraine à la 2ème place dans le monde selon le coefficient éducatif (0,92) après le Japon (0,93). Parmi ces 2,8 millions d'étudiants, 1,02 millions sur le quota des places financées par l’Etat (exonérés frais de scolarité) et 700 000 boursiers (au mérite). Ce nombre considérable d'étudiants s'explique à la fois par la place accordée en Ukraine aux diplômes (le diplôme compte parfois plus que la compétence acquise...), mais également par l'important développement du système d'études à distance et de cours du soir (près de la moitié de la population étudiante).


L'Ukraine et le processus de Bologne

L’Ukraine a rejoint, en 2005, le processus de Sorbonne / Bologne. Les établissements évoluent progressivement vers un découpage en 3 niveaux. Toutefois, certaines survivances de l’ancien système subsistent avec un premier cycle en 4 ans (Bakalavr ou Bachelor) et un second cycle où coexistent des filières de Spécialiste (proche d’un Master professionnel en 1 an après le Bakalavr) et de Magistr (plus proche du Master et d’une durée de 1,5 à 2 ans après le Bakalavr).

Le pays compte environ 96 000 universitaires et 78 800 chercheurs de haut niveau pour une population de 46 millions d’habitants. L'Ukraine occupait la 5ème place pour le nombre de brevets d'invention enregistrés en 2007, d'après le rapport annuel Education de la banque mondiale.


L'admission à l'Université

Les modalités pratiques d’admission évoluent encore d’une année sur l’autre et sont un des points discutés dans le projet de loi sur l’enseignement supérieur en cours d’élaboration.

Depuis 2009, un test unique d'admission à l'Université a été généralisé à toutes les disciplines et à toutes les établissements ukrainiens. Les candidats doivent passer 3 matières: 1 – obligatoire (“langue et litterature ukrainiennes”), le choix des deux autres matières dépend du choix de spécialisation(s) de l’étudiant, le Ministère établissant pour chaque spécialisation une ou deux matières obligatoires avec, parfois, le choix entre deux disciplines.

Chacune des épreuves est notée sur 200 points et un minimum de 124 points de moyenne dans les disciplines requises par la specialité demandée est exigé pour pouvoir postuler à l'Universite (mais certains établissements peuvent exiger un score plus élevé).

Les épreuves consistent à la fois en des questions/réponses, des QCM et des épreuves rédactionnelles (type essai).

Pour la campagne 2011-2012, les modalités d’admission arrêtées sont les suivantes :

L’admission dans le supérieur est organisée sous la forme d’un concours qui prend en compte les éléments suivants :

- la moyenne obtenue à l’attestation de fin d’études secondaires (sur 200) ;

- les résultats obtenus au test unique (sur 600) (cf. ci-dessus) ;

- les bonus éventuels obtenus par l’étudiant à l’occasion d’Olympiades ou de concours (jusqu'à 50 points) ou pour avoir suivi des cours préparatoires dans un établissement (jusqu'à 20 points valables seulement pour l'établissement dans lequel ont été suivis ces cours).

Dans certaines spécialités (art, architecture, éducation physique, journalisme), les tests sont complétés par un travail dit de "création" (obligatoire).

Chaque candidat peut postuler dans 5 établissements au maximum et pour 3 spécialités dans chacun d’entre eux.


Les réformes en cours (et en discussion)

Le Ministère prépare depuis le printemps 2010 un important projet de loi sur l’enseignement supérieur (censé remplacer la loi en vigueur du 17 janvier 2002). Celui-ci a déjà connu plusieurs variantes et ne semble pas, à la différence d’autres projets de loi adoptés de manière expéditive sous la pression de l’exécutif, devoir déboucher rapidement. L’ambition annoncée de ce projet de loi (dans sa variante discutée à la Commission de conciliation de la Rada en février 2011) est double : 1) réformer le système d’enseignement supérieur « conformément aux exigences d’une économie socialement orientée » et 2) l’adapter aux exigences de l’espace européen de l’enseignement supérieur, l’Ukraine ayant rejoint le processus de Sorbonne-Bologne en mai 2005.

Ce projet de loi prévoit notamment :

- une plus grande autonomie des universités, mais seulement pour les plus importantes universités du pays ;

- une réorganisation de l’enseignement supérieur ayant pour objectif affiché de faire émerger des grandes universités capables d’être plus impliquées dans la recherche et plus visibles au niveau international [NDR : aucune université ukrainienne ne figure dans aucun des classements internationaux dans les 1.000 voire 1.500 premières] et de réduire le nombre d’universités en suscitant des regroupements stratégiques.

La nouvelle organisation comprendrait ainsi 4 types d’établissement correspondant chacun à un nombre minimal d’étudiants et de spécialisations enseignées : université classique (10.000 étudiants – 8 domaines d’enseignement et 8 domaines de délivrance de titres scientifiques) / université profilée ou de spécialité (6.000 étudiants – 4 domaines d’enseignement et 3 domaines de délivrance de titres scientifiques) / académie (3.000 étudiants – 1-2 domaines d’enseignement et 2 domaines de délivrance de titres scientifiques) / collège (1.000 étudiants – ne délivre pas de diplôme au-delà du Bakalavr) / Collège professionnel (au moins 500 élèves – ne délivre qu’un diplôme de jeune professionnel).

Un statut d’université de recherche pourrait être octroyé aux meilleures universités sur le modèle de ce qui s’est fait en Russie.

- une réorganisation des cycles d’études pour rendre compatible le système ukrainien avec le découpage européen ce qui se traduirait par la mise en place d’un découpage en 5 niveaux : 1) « Jeune spécialiste » (bac+2, équivalent du BTS – diplôme de fin d’études délivré par les Collèges professionnels) 2) Bakalavr (bac+3ou 4 ans) 3) Magistr (Bac+1,5 ou 2 ans) 4) Docteur es philosophie (4 ans après un Master remplaçant le diplôme traditionnel de Kandidat Nauk mais sans modification apparente d’organisation des études de doctorat) 5) Docteur es Sciences (3 ans après un diplôme de Doctorat, comparable à l’habilitation à diriger des recherches à ceci près qu’il s’agit d’un diplôme).

- le possible recours, dans le cadre de programmes de formation et de recherche, à d’autres langues que l’ukrainien ;

- de rendre possible le recrutement de professeurs étrangers ;

- de confirmer le rôle central du test d’évaluation unique d’entrée à l’université dont l’importance serait néanmoins pondérée par la prise en compte des résultats de fin d’études secondaires et la possibilité pour les universités de faire passer un examen complémentaire ;

- un transfert de compétence du Cabinet des Ministres au Ministère pour l’établissement de la liste des spécialisations dispensées, en concertation avec les autres « organes de l'exécutif » et les « unions d’employeurs ».

Le projet de loi du Ministère a été assez largement contesté ; des mobilisations étudiantes ont été organisées au moment de la discussion du projet au Parlement. Certaines universités, tout particulièrement l’Université Mohyla, se sentant mises en danger ont également très vivement réagi alertant par une lettre ouverte les représentations étrangères pour les sensibiliser et faisant circuler des pétitions.

Les discussions et critiques autour du projet du Ministère portent en particulier sur les aspects suivants :

- les modalités de réorganisation de l’enseignement supérieur

La réorganisation du paysage de l’enseignement supérieur prévue par le projet ministériel se fait sur des critères exclusivement quantitatifs. Deux universités (l’Académie d’Ostroh et l’Académie Mohyla) toutes deux figurant parmi les meilleures dans les différents classements ukrainiens risquent ainsi de perdre leur statut d’université. Compte tenu du rôle important des diasporas ukrainiennes nord-américaines dans le financement de ces deux établissements, de leur implication dans la renaissance nationale ukrainienne et, enfin, de la réputation de l’actuel ministre, cette réorganisation est apparue comme une tentative pour museler voire « casser » ces établissements et ce, d’autant qu’au même moment l’Académie Mohyla (dont la tutelle a été transférée du Cabinet des Ministres au Ministère en juillet 2010) rencontrait d’extrêmes difficultés pour faire avaliser par ce dernier ses statuts.

De la même manière, la volonté du gouvernement de faciliter l’usage d’autres langues (à commencer par le russe) a été ressentie comme une mise en cause de la centralité de la langue ukrainienne.

- l’ampleur de l’autonomie

Le projet de loi introduit une autonomie qui est doublement restreinte à la fois parce qu’elle ne concernerait pas l’ensemble des établissements et parce qu’elle ne s’étendrait qu’à la marge à la définition des contenus des cursus puisque la liste des spécialisations dispensées est toujours établie par l’exécutif et que cette mission n’est pas déléguée aux établissements.

De façon générale, le système proposé par ce projet reste un système très largement régulé par l’Etat, encore loin du modèle anglosaxon (et peut-être plus proche du système français d’avant la réforme LRU).

- découpage des études et doctorat

Nombre d’observateurs se sont montrés déçus par le découpage proposé des études. Celui-ci ne tranche pas véritablement sur la durée attendue des formations de Bakalavr (de 3 à 4 ans) et Magistr (de 1,5 à 2 ans) et n’introduit finalement qu’un changement d’appellation pour le niveau doctoral sans mettre en place, comme cela avait été proposé, des programmes doctoraux structurés et interdisciplinaires.

- modalités d’admission à l’université

L’introduction, en sus du test national d’entrée à l’Université, de la moyenne des examens de fin d’études secondaires et, surtout, d’une note de l’université, remet en partie en cause le principe même d’un test national unique censé, notamment, limiter la corruption à l’entrée à l’université.

- réduction de la « commande d’Etat »

Nombreux sont ceux qui considèrent que, sous-couvert de cette réforme, l’enseignement supérieur risque de pâtir d’un désengagement financier important de l’état. Il se dit que celui-ci pourrait réduire de 40% la « commande d’Etat », c’est-à-dire le nombre de places à l'université prises en charge par l’Etat (qui représentent actuellement la moitié environ des places). Cette réduction pourrait, en outre, ne pas être imputée de la même façon selon les régions et ce, s’inquiète-t-on, aux dépens des régions considérées comme les moins loyales vis-à-vis du pouvoir actuel.


La mobilité étudiante vers la France

Le nombre de visas longue durée pour études en France a quasi triplé en 10 ans, passant d'une centaine de visas (études long séjour) par an, à la fin des années 1990, à plus de 350 aujourd'hui. Les aspirations des étudiants ukrainiens sont variées et couvrent l'ensemble des disciplines : commerce ou gestion, sciences exactes (physique et chimie notamment), art et design, français, sciences humaines et sociales, sciences juridiques, architecture, sciences de l'ingénieur...